Purifiés
(Oczyszeni)

De Sarah Kane
Mise en scène de Krzysztof Warlikowski (Pologne)

Traduction Krzysztof Warlikowski et Jacek Poniedzialek
Scénographie Malgorzata Szczesniak
Musique Pawel Mykietyn
Chant Renate Jett (Autriche)
Lumières Felice Ross (Israël)

Avec
Mariusz Bonaszewski, Stanislawa Celinska, Malgorzata Hajewska Krzysztofik, Renate Jett, Redbad Klynstra, Jacek Poniedzialek, Thomas Schweiberer, Tomasz Tyndyk, Fabian Wlodarek

Spectacle créé le 15 décembre 2001 au Teatr Wspólczesny de Wroclaw (Pologne)

Coproduction Teatr Wspólczesny (Wroclaw), Teatr Rozmaitosci (Varsovie), Teatr Polski (Poznan), Hebbel Theater (Berlin), THEOREM (association soutenue par le programme Culture 2000 de l'Union européenne)

« Sarah Kane expose des problèmes qui touchent de très près à l’identité. Elle parle d’homosexualité, d’inceste, de sexualité mal définie. On ne sort pas intact de ses paroles. Elles ont un effet contagieux et elles entraînent loin ceux qui les manient. Interpréter ses pièces en se contentant d’être des marionnettes en train de jouer est aberrant. Il faut se lancer avec toute la sincérité et l’honnêteté dont elle-même fait preuve en écrivant, sinon ce n’est pas la peine de jouer. Il faut être vrai et il faut être capable du même abandon qu’elle manifeste en racontant directement des choses très personnelles. Le spectacle parle à tout le monde car chacun se sait condamné ; Sarah Kane leur montre qu’il y a pire. Bien sûr, il fallait trouver la solution et dégager le sens de cette violence, pour que sa représentation ne se réduise pas au seul choc du spectateur. Mais Purifiés n’est pas un texte où l’on peut se préparer, préalablement, à tout ce qu’il va vous faire vivre. Il n’y a pas de notions de bien ou de mal, aucun jugement à porter. Sa violence est devenue ma violence. Une violence intérieure qui ne naît pas que dans la rue, une violence qui vient de la peur de la vie. Je voudrais ouvrir un chemin intérieur en chacun de nous qui ne nous mène qu’à nous-mêmes, à notre sexualité, notre peur de la vie et notre désir de nous retrouver en face de notre seconde unité, selon l’idée platonique qui assure que chacun a une créature qui lui est semblable.
D’une certaine manière, elle renoue avec une forme de naïveté dans l’amour. En écrivant ce texte, elle nous confie une pensée tendre. Comme si elle dessinait une fleur, pour donner de la lumière et de la joie à son univers intérieur.
En montant Purifiés, je viole le public […] comme j’ai laissé la vie me violer. J’ai permis que l’armure que la société m’a donnée soit détruite. Je ne suis pas dans les ténèbres, mais dans une quête éternelle. Mais je n’ai pas de but. Comme Brook ou Lupa, mes maîtres, je cherche au-delà des limites. Je veux aller au-delà, avec moi, comme je suis, comme je me sens, une créature qui n’a pas honte de « se » partager dans ce chemin. Comme Sarah Kane, je ne me cache pas. Je ne m’abrite pas derrière l’intellect. »

Krzysztof Warlikowski
Entretien avec Joëlle Gayot pour le Festival d’Avignon (mars 2002)